Médecine orthomoléculaire

Publié le par Jacques

Source : Wikipedia.

La médecine orthomoléculaire se propose de soigner les personnes par l'apport optimal de substances naturellement connues de l'organisme, par opposition à l'approche dite allopathique qui s'oriente plutôt vers les effets thérapeutiques de molécules créées par l'homme.

Le terme « orthomoléculaire », créé en 1968 par le professeur Linus Pauling (prix Nobel de chimie en 1954 et prix Nobel de la paix en 1962), signifie « molécule correcte » au sens « qui n'est pas étrangère au corps humain, qui est biologiquement correcte », les autres molécules (les principes actifs de la plupart des médicaments) étant vus comme biologiquement incorrects -- leur ressemblance chimique à des substances légitimes leur permet d'interagir avec les molécules du corps, mais comme elles ne sont pas identiques aux molécules qu'elles imitent, elles provoquent des dysfonctionnements (les effets secondaires) et leur effets recherchés relèvent plus de la tricherie chimique que de la suppression des causes de la maladie.

La médecine orthomoléculaire se propose de traiter par la modification des concentrations des substances naturellement connues du corps humain, par opposition des pratiques chimiothérapiques de la médecine conventionnelle utilisant des substances créées de novo et inconnues du corps humain, et donc potentiellement toxiques (et profitables jusqu'à l'expiration de leurs brevets). Les différences génétiques peuvent faire en sorte que certaines substances (enzymes, protéines) soient produites en quantités inadéquates par le corps, créant par là des déséquilibres chimiques, qui pourront éventuellement être palliées par l'apport supplémentaire d'un des termes du déséquilibre.

L'étude du régime alimentaire des primates génétiquement les plus proches de l'espèce humaine (gorilles et singes) conduit à constater que ceux-ci ont une nutrition fort différente de la nôtre et qu'ils ingèrent, en particulier, certains micronutrients en quantités beaucoup plus importantes (à calories égales) que nous ne le faisons.

La vitamine C comme illustration de l'approche orthomoléculaire

La vitamine C a été popularisée par le double prix Nobel Linus Pauling.

Par exemple, le gorille sauvage de montagne (pesant de 120 à 160 kg) ingère quotidiennement entre 2 000 et 4 000 mg d'ascorbates (vitamine C) et parfois bien plus. L'homme occidental moyen ne prenant pas de suppléments en consomme quelques dizaines de milligrammes, et les apports journaliers recommandés de vitamine C sont de 60mg.

À noter que la majorité des mammifères synthétisent leur propre vitamine C dans des quantités variables en fonction des stress subis qui équivaudraient, en tenant compte de la masse corporelle, à 10 000-20 000 mg par jour pour un humain adulte de corpulence moyenne.

Tous les animaux anthropomorphes, y compris les humains, souffrent d'une erreur génétique les empêchant de synthétiser l'enzyme L-gulonolactone oxidase. Cette enzyme intervient dans la dernière étape d'une chaîne de réactions permettant de convertir le glucose en acide ascorbique.

Parmi les autres mammifères ne pouvant synthétiser la vitamine C se trouvent les cochons d'Inde et une espèce indienne de chauve-souris fructivore (Pteropus medius).

La médecine orthomoléculaire propose de corriger ce déficit par l'apport de quantités comparables à celles synthétisées par les autres mammifères, à savoir plusieurs grammes par jour (quantité normalisée suivant la masse corporelle). L'extraction d'acide ascorbique dans de telles quantités à partir de sources naturelles serait fort coûteuse. L'adoption d'un mode de nutrition similaire à celle de ces primates ne semble pas compatible avec la civilation. Il convient donc d'utiliser de l'acide ascorbique de synthèse.

À noter que certaines personnes pensent que la vitamine C de synthèse est nocive ou inefficace. On trouve dans le commerce des tablettes de vitamine C obtenues à partir de cerises acerola. Celles-ci coûtent beaucoup plus cher, au kilo, que l'acide ascorbique sous forme de poudre cristalline que l'on peut obtenir d'autres sources. À titre indicatif, il est possible pour les particuliers de se procurer de l'acide L-ascorbique pharmaceutique pour un prix variant entre 15 et 60 euros le kilo.

L'acide ascorbique de synthèse est identique en composition et chiralité à l'acide ascorbique naturel. Sa production nécessite toujours une étape de fermentation à l'aide de microorganismes. Les essais cliniques n'ont mis en évidence aucune différence d'efficacité entre la vitamine C de synthèse et la vitamine C naturelle. Les tablettes de vitamine C extraite à partir de sources naturelles peuvent cependant contenir d'autres substances bénéfiques, notamment des flavonoïdes. Néanmoins, le facteur le plus important dans l'efficacité thérapeutique de la vitamine C est la dose. À condition qu'elle soit prise aux mêmes doses, la vitamine C d'extraction est donc aussi efficace que la vitamine C de synthèse, mais dix fois plus chère : de l'ordre de 500 euros le kilo. Ainsi un an en vitamine C « Acerola » à 6 grammes par jour coûtera plus de mille euros. En vitamine C de synthèse cela revient à 100 euros par an. De plus, les flavonoïdes peuvent être pris séparément, sous forme de fruits par exemple.

Bénéfices cliniques et seuil d'efficacité

Le bénéfice de doses variables et suffisantes d'acide ascorbique dans de nombreuses situations médicales peut être spectaculaire et très rapide, tout particulièrement lors d'infections (les phagocytes utilisent de l'acide ascorbique prélevée dans le sang comme anti-oxydant pour se protéger alors qu'ils attaquent les intrus à l'aide d'oxydants comme le peroxyde d'hydrogène) ou lors de convalescence suite à des brûlures (l'acide ascorbique est aussi nécessaire à la production de collagène).

La rigueur scientifique exige toutefois des essais cliniques en double-aveugle. La dose nécessaire à l'amélioration peut être très variable. Si quelques dizaines de milligrammes empêchent le scorbut aigu, la guérison d'une infection virale peut demander plusieurs dizaines de grammes par jour. Malheureusement certains articles étudiant le bénéfice de la vitamine C et concluant à des bénéfices faibles ou statistiquement insignifiantes utilisent des doses que l'on pourrait qualifier de nutritionelles, c'est-à-dire inférieures à un gramme par jour. Pour l'homme, la vitamine C n'étant pas synthétisée, on peut penser que le corps l'alloue en priorité aux tâches les plus importantes. Supposons schématiquement que le maintien de l'intégrité des vaisseaux sanguins passe avant le contrôle d'une infection. Si 5 000 mg sont nécessaires à leur maintien, l'administration de 5,000mg de vitamine C pourrait n'avoir qu'un effet négligeable sur une infection, tandis que l'administration de 20 000 mg pourrait avoir un effet nettement plus bénéfique.

Est-ce la panacée ?

Le lecteur sceptique peut se demander comment l'existence d'une telle panacée pourrait être aussi méconnue. La dynamique de la vitamine C dans le corps n'est pas totalement élucidée. Longtemps considérée comme un micronutriment, sa consommation à des doses supérieures de plusieurs ordres de grandeur aux autres vitamines et à la quantité minimale prévenant le scorbut aigu peut paraître absurde. Les essais cliniques inconcluants menés avec des doses insuffisantes ont sans doute semé la confusion. On ne peut pas non plus nier que, n'étant pas brevetée et peu profitable, elle ait pu être volontairement négligée.

La vitamine C pourrait être une panacée de la même manière que l'insuline de synthèse est une panacée pour les diabétiques. Comme on l'a dit plus haut, les humains (et autres primates) souffrent d'une maladie génétique que nous pourrions appeler anascorbémie qui font qu'ils ne synthètisent pas cette substance. Comme celle-ci est absorbable par voie orale (ou intraveineuse sous forme d'ascorbate de sodium exclusivement) il s'ensuit que l'ingestion régulière et massive de cette substance permet de pallier ce défaut génétique.

La vitamine C serait-elle toxique ?

Depuis sa synthèse dans les années 1930, la vitamine C est utilisée à toutes doses à travers le monde. Les seuls effets secondaires associés à son utilisation et qui soient établis sont la diarrhée bénigne et une action diurétique. Celles-ci surviennent lorsqu'elle est consommée trop rapidement et en trop grande quantité. L'organisme ne pouvant la stocker, elle élimine ainsi l'excès.

Les études cliniques montrent :

  • que la consommation de vitamine C n'augmente pas (réf. 5, 6, 7) et même réduit (réf. 8) l'incidence de calculs rénaux.
  • que la vitamine C n'a pas d'effet mutagène (étude sur des doses allant jusqu'à 5000mg par jour)

(réf. 9, 10)

Les études in vitro montrent que la vitamine C, même en présence de métaux de transition n'a pas d'effet mutagène et qu'au contraire elle protège les cellules de l'action mutagène du peroxyde d'hydrogène (réf. 7).

En conclusion, la vitamine C n'est absolument pas toxique.

Autres vitamines et minéraux ayant un effet thérapeutique

Si une alimentation équilibrée au sens conventionnel du terme est une condition nécessaire mais non suffisante pour une bonne santé, l'apport de certains minéraux, vitamines, huiles ou autres nutriments en quantités bien supérieures à celles que l'on ingère habituellement est efficace pour traiter de nombreuses affections.

La combinaison de magnésium (plusieurs centaines de mg par jour) et de vitamine B6 (de cent à deux mille mg par jour) est souvent prescrite pour traiter le syndrome du tunnel carpien, le syndrome prémenstruel. Son efficacité en double aveugle contre placebo a été démontrée dans le traitement de l'autisme infantile.

La niacine (vitamine PP ou vitamine B3) est utilisée en médecine conventionelle pour son effet hypocholestérolémiant. La nicotinamide est une autre forme de cette vitamine qui peut soulager l'ostéoarthrite, la dépression et les troubles schizophréniques ou s'y rapportant. Ces deux formes libèrent un précurseur de la sérotonine, le tryptophane. L'effet vasodilatateur de la niacine laisse penser qu'elle pourrait soulager les migraines.

Le zinc est efficace contre les infections.

Avertissement

Si la vitamine C est atoxique à toutes doses, il n'en est pas ainsi de toutes les vitamines, ni des minéraux. Il y a toujours un risque d'interaction avec d'autres traitements médicamenteux. Un certain nombre de médecins semblent ignorer ou méprisent la valeur thérapeutique de ces micronutriments. Si ces derniers sont disponibles sans prescription, il convient de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien pour éviter la toxicité de certaines vitamines.

Références

  1. Vitamin C and the Common Cold. Linus Carl Pauling. Buccaneer Books, 1995 (réédition).
  2. How to Live Longer and Feel Better. Linus Carl Pauling. W.H. Freeman & Co, 1986.
  3. The Healing Factor. Irwin Stone. 1972. ISBN 0-448-11693-6
  4. Ascorbate, the science of vitamin C. Steve Hickley, Hilary Roberts. ISBN 1-4116-0724-4
  5. Intake of vitamins B6 and C and the risk of kidney stones in women. Curhan GC, Willett WC, Speizer FE, Stampfer MJ. J Am Soc Nephrol. 1999 Apr;10(4):840-5.
  6. No contribution of ascorbic acid to renal calcium oxalate stones. Gerster H. Ann Nutr Metab. 1997;41(5):269-82.
  7. A prospective study of the intake of vitamins C and B6, and the risk of kidney stones in men. Curhan GC, Willett WC, Rimm EB, Stampfer MJ. J Urol. 1996 Jun;155(6):1847-51.
  8. Ascorbic acid and kidney stones. Hoffer A. Can Med Assoc J. 1985 Feb 15;132(4):320.
  9. New evidence for antioxidant properties of vitamin C. Vojdani A, Bazargan M, Vojdani E, Wright J. Cancer Detect Prev. 2000;24(6):508-23.
  10. The effects of iron and vitamin C co-supplementation on oxidative damage to DNA in healthy volunteers. Biochem Biophys Res Commun. 1998 May 8;246(1):293-8. Pubmed ID 9600109
  11. Vitamin C prevents DNA mutation induced by oxidative stress. J Biol Chem. 2002 May 10;277(19):16895-9. Pubmed ID 11884413

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