Les vers dorés des Pythagoriciens

Publié le par Jacques

Introduction

...« Les anciens avaient l’habitude de comparer à l’or tout ce qu’ils jugeaient sans défauts et beau par excellence: ainsi, par « l’Âge d’or » ils entendaient l’âge des vertus et du bonheur; et par les « Vers dorés », les vers où la doctrine la plus pure était renfermée. Ils attribuaient constamment ces Vers à Pythagore, non qu’ils crussent que ce philosophe les eût composés lui-même, mais parce qu’ils savaient que celui de ses disciples dont ils étaient l’ouvrage, y avait exposé l’exacte doctrine de son maître, et les avait tous fondés sur des maximes sorties de sa bouche. Ce disciple, recommandable par ses lumières, et surtout par son attachement aux préceptes de Pythagore, se nommait Lysis.

Après la mort de ce Philosophe, et lorsque ses ennemis, momentanément triomphants, eurent élevé à Crotone et à Mésapont cette terrible persécution qui coûta la vie à un si grand nombre de Pythagoriciens, écrasés sous les débris de leur école incendiée, ou contraints de mourir de faim dans le temple des Muses, Lysis, heureusement échappé à ces désastres, se retira en Grèce, où, voulant répandre la secte de Pythagore, dont on s’attachait à calomnier les principes, il crut nécessaire de dresser une sorte de formulaire qui contînt les bases de la morale, et les principales règles de conduite données par cet homme célèbre.

C’est à ce mouvement généreux que nous devons les Vers philosophiques que j’ai essayé de traduire en français. Ces Vers appelés dorés par la raison que j’ai dite, contiennent les sentiments de Pythagore, et sont tout ce qui nous reste de véritablement authentique touchant l’un des plus grands hommes de l’antiquité »

Antoine Fabre-d’Olivet (1767-1825)

Les vers dorés

Traduction de Fabre d'Olivet - 1813

PRÉPARATION

Rends aux Dieux Immortels le culte consacré;
Garde ensuite ta foi : révère la mémoire
Des Héros bienfaiteurs, des Esprits Demi-Dieux

PURIFICATION

Sois bon fils frère juste, époux tendre et bon père
Choisis pour ton ami l'ami de la vertu,
Cède a ses doux conseils, instruis-toi par sa vie
Et pour un tord léger ne le quitte jamais,
Si tu le peux du moins: car une loi sévère
Attache la puissance à la Nécessité.
Il t'est donné pourtant de combattre et de vaincre
Tes folles passions; apprends à les dompter,
Sois sobre, actif et chaste; évite la colère.
En public, en secret, ne te permets jamais
Rien de mal; et surtout respecte-toi toi-même.
Ne parle ni n'agis point sans avoir réfléchi,
Sois juste. Souviens-toi qu'un pouvoir invincible
Ordonne de mourir; que les biens , les honneurs
Facilement acquis sont faciles à perdre.
Et quant aux maux qu'entraîne avec soi le Destin
Juge-les ce qu'ils sont: supporte-les et tâche
Autant que tu pourras d'en adoucir les traits:
Les Dieux aux plus cruels n'ont pas livré les sages.
Comme la Vérité, l'erreur a ses amants:
Le philosophe approuve ou blâme avec prudence
Et si l'erreur triomphe, il s'éloigne, il attend.
Écoute et grave bien en ton coeur ces paroles:
Ferme l'oeil et l'oreille à la prévention;
Crains l'exemple d'autrui, pense d'après toi-même
Consulte, délibère et choisis librement.
Laisse les fous agir sans but et sans cause.
Tu dois dans le présent contempler l'avenir;
Ce que tu ne sais pas, ne prétends pas le faire;
Instruits-toi: tout s'accorde à la constance, au temps.
Au corps les aliments, à l'esprit le repos.
Trop ou trop peu de soins sont à fuir car l'envie
A l'un et l'autre excès s'attache également.
Le luxe et l'avarice ont des suites semblables
Il faut choisir en tout le milieu juste et bon.

PERFECTION

Que jamais le sommeil ne ferme ta paupière
Sans t'être demandé: Qu'ai-je omis? Qu'ai-je fait
Si c'est mal abstiens-toi, si c'est bien persévère.
Médite ces conseils, aime-les , suis-les tous:
Aux divines Vertus ils sauront te conduire.
J'en jure par celui qui grava dans nos coeurs
La Tétrade sacrée, immense et pur symbole,
Source de la Nature et modèle des Dieux.
Mais qu'avant tout ton âme , à son devoir fidèle,
Les Dieux dont les secours
Peuvent seuls achever tes oeuvres commencées.
Instruit par Eux, alors rien ne t'abusera:
Des êtres différents tu sondera l'essence,
Tu connaîtras de Tout le Principe et la fin
Tu sauras, si le Ciel le veut, que la Nature,
Semblable en toutes choses est la même en tous lieux.
En sorte qu'éclairé sur les droits véritables,
Ton coeur, de vains désirs ne se repaîtra plus.
Tu verras que les maux qui dévorent les hommes
Sont le fruit de leurs choix et que ces malheureux
Cherchent loin d'eux les maux dont ils portent la source.
Peu savent être heureux: jouets des passions,
Tour à tour ballottés par des vagues contraires.
Sur une mer sans rive, ils roulent aveuglés,
Sans pouvoir résister ni céder à l'orage.
Dieux vous les sauveriez en dessillant leurs yeux...
Mais non, c'est aux humains dont la race est divine
A discerner l'erreur , à voir la Vérité.
La Nature les sert, toi qui l'a pénétrée
Homme sage, homme heureux, respire dans le port.
Mais observe ses Lois , en t'abstenant des choses
Que ton âme doit craindre en les distinguant bien,
En laissant sur ton corps régner l'intelligence,
Afin qu'en t'élevant dans l’Éther radieux
Au sein des Immortels, tu sois un Dieu toi-même.

Source : Les vers dorés des pythagoriciens où vous trouverez d'autres traductions de ces mêmes vers.

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