Le comportement végétarien dans son environnement social contemporain - Partie 1

Publié le par Jacques

Source : Le comportement végétarien dans son environnement social contemporain sur le site de Denis Bloud où vous pouvez trouver d'autres textes intéressants.

Université de Genève - Département de sociologie

Cours du 26 février 1990

Intervention de M. Denis BLOUD

Il faut remercier le professeur Jean Ziegler et son assistant Muse Tegegne d'avoir eu le courage d'ouvrir une brèche dans le mur du dogmatisme universitaire afin de faire entendre d'autres discours que les incantations autocentrées et à usage interne des mandarins cooptés par eux-mêmes.

L'intention n'est pas de faire un sermon de prosélytisme en faveur du végétarisme, qui peut très bien s'en passer. Elle n'est pas non plus d'aller à la cuisine et de donner des recettes. L'objet est de situer le comportement végétarien dans son environnement social contemporain, face aux conformismes qui s'y opposent.

Introduction au menu de l'exposé

Cet exposé ira du particulier au général, en partant de l'aspect psychologique le plus immédiat, celui de mon cas personnel ; puis en plaçant ce comportement face à l'environnement médical, social, historique, économique et politique, à l'aide de quelques illustrations projetées par épidiascope. Il est évident que le tour de la question ne pourra pas être bouclé en seulement deux heures et qu'il y aura lieu d'effectuer des recherches plus approfondies sur certains points, ce dont nous pourrons parler lors de la discussion méthodologique. L'objet est ici de présenter le fait sociologique du comportement végétarien face à d'autres conduites alimentaires qui voudraient le garder marginal et anticonformiste pour conserver leur position dominante.

La surdétermination des rapports de l'homme à son alimentation, imposée par les classes détentrices du pouvoir politique, économique et idéologique, dont il a été question dans le cours d'introduction à ce cycle, sera bien mise en évidence par l'analyse du comportement végétarien que nous allons entreprendre maintenant, même si mes souvenirs des cours de Bourdieu à la Sorbonne sont un peu estompés maintenant... Mais comme ce dernier me l'avait un jour déclaré à l'issue d'un exposé, "l'essentiel n'est peut-être pas de résoudre le problème, mais de bien le poser." Je vous propose donc le canevas suivant, qui comporte sept volets formant un tout indissociable, mais où j'ai tenté d'aller du particulier au global. Nous pourrions suivre un autre ordre du jour mais je vais suivre ce plan, quitte à accélérer parfois ou à sauter à des éléments qui vous intéressent plus particulièrement, en fonction du temps disponible et de la possibilité d'engager un dialogue entre nous, ce qui doit rester possible à tout moment. Le menu qui vous est proposé est végétarien mais n'exclut pas que certaines analyses soient un peu saignantes...

Menu de l'exposé

  • I. La motivation psychologique du végétarien
  • II. Le végétarisme face à l'imposture de la thanatocratie
  • III. Le tabou et l'interdit alimentaire
  • IV. Le terrorisme alimentaire par l'occultation dominante
  • V. La filiation historique de l'éthique végétarienne
  • VI. Le végétarisme comme réponse à la crise écologique
  • VII. Le végétarisme face à l'anthropophagie du tiers monde par les riches
  • Bases bibliographiques

I- La motivation psychologique du végétarisme : mon cas personnel

Mes dernières tentatives d'expression à l'université remontent à 1968, en Sorbonne, à la faculté des Sciences et à la faculté de Médecine, sur des thèmes un peu différents, du type "Informatique et société : pour une application des modèles naturels aux théories du pouvoir". Le combat a continué ensuite dans l'ombre, toujours dans le même esprit de contestation des impostures et de défense des modèles biologiques, de ce qu'on peut appeler les "lois naturelles" de notre univers. Le comportement végétarien m'est peu à peu apparu comme un aboutissement logique de cette démarche et aussi comme le point de départ d'analyses multidisciplinaires touchant à tout ce qui concerne au fond le problème de la vie et de la mort. En ce sens, le végétarisme heurte de plein fouet le système thanatocratique disséqué dans "Les Vivants et la Mort" en 1975 par le professeur Ziegler.

Il m'a fallu sept ans pour devenir tout à fait végétarien après les événements de 68, par un processus qui m'a conduit à quitter Paris et à venir travailler à Genève dans une organisation internationale technique comme traducteur, tout en suivant les débuts du mouvement écologiste moderne, représenté à l'époque par la revue intitulée "La Gueule Ouverte". La défense de l'environnement prolonge et complète celle de nos propres cellules physiques et en ce sens il n'y a pas de véritable frontière spatiale entre hygiénisme et écologie: l'air pur que l'hygiéniste revendique ne peut pas exister aujourd'hui sans un combat contre ceux qui le polluent à grande échelle pour le profit immédiat.

Les motivations du comportement végétarien sont personnelles et diverses, irréductibles à une analyse purement psychologique, faisant par exemple appel à des pulsions masochistes ou ascétiques. Ce serait trop simple comme manière d'évacuer la question et tout à fait représentatif des méthodes de réduction conceptuelle face à une valeur supérieure. Si la norme sociale est le comportement d'autosatisfaction à tout prix, il est évident que le végétarisme peut être taxé d'ascétisme. Mais si, comme je souhaite le montrer, il s'agit plutôt du mode d'alimentation normal, c'est le comportement hédoniste et carnivore qui peut être considéré comme autodestructeur et réellement masochiste. Par exemple du fait que le carnivorisme raccourcit la qualité et la durée de la vie ici-bas.

Faut-il être marginal pour être végétarien ? Pour moi, cela n'a pas été le cas : au contraire, c'est parce que j'ai choisi de devenir végétarien que mon intégration sociale s'est trouvée quelque peu réduite. Mais j'ai fait ce choix à un moment où cela ne posait plus guère de problèmes d'identité, à 35 ans environ, où je pouvais en assumer les inconvénients sociaux. Si j'étais resté à Paris dans mon milieu familial, je ne serais sans doute pas resté célibataire ni devenu un étranger sans voix d'expression politique. Et le végétarisme serait peut-être resté une voie idéale que les circonstances ne m'auraient pas permis d'explorer. Mais la poursuite de ma recherche intérieure m'aurait peut-être conduit, de toute manière, aux règles de vie que je considère comme normales et définitives pour moi.

La diversité des histoires personnelles fait qu'une ethnologie du comportement végétarien me paraît tout à fait illusoire. La tribu constituée par les "adeptes du végétarisme", comme les désigne un peu ironiquement Laurence Ossipow dans son essai sur le Végétarisme (Cerf, 1989, 125 p.) n'existe pas car il ne s'agit pas d'un échantillon homogène, très clairement défini. Le psychologisme n'explique pas plus le végétarisme que l'ethnologisme car il s'agit d'un état de conscience qui, à mon avis, se rattache à une sorte d'archétype biologique, lui-même fondé sur notre appartenance physique à l'ordre des primates mammifères, végétariens en conditions normales, comme l'ont montré les analyses faites de dents de tout premiers hominidés (études de Leakey et al., Nature 1976, in "Les Dents de la Viande et les Dents du Blé", Dr M. Bader, Science et Vie, nov. 1985, p. 166). C'est peut-être plus le refus inconscient de l'homme de reconnaître son animalité et ses origines qui explique son régime alimentaire actuel qu'un choix vraiment délibéré pour les plaisirs gastronomiques. Ce refus s'exprime par exemple dans les dessins ci-après.

CALQUES 1.1 ET 1.2

Les végétariens reviennent à la naturalité évacuée comme non rentable par les forces de profit surdéterminantes, pour lesquelles la nature n'est qu'un environnement, un décor de théâtre pour leur plaisir, et une ressource facile pour une prise au tas primaire, par les plus forts. La nature fait peur et on la ridiculise sous les espèces de l'écolo rêveur, du végétarien sectaire et mangeur d'herbe. La nature est assimilée, par la classe parvenue au pouvoir, aux valeurs rurales dont elle a mis si longtemps à s'éloigner, aux vagues souvenances de glèbe, de vie dure, d'origines frustes dont on ne voudrait pas retrouver les contraintes. Le "retour en arrière" aux cavernes est une crainte souvent exprimée dans l'idéologie dominante, rituellement exorcisée par l'incantation au progrès continu par la science humaine. Les traditions religieuses ou mythologiques font pourtant souvent référence au comportement végétarien. Mais tout cela est relégué aux oubliettes, sauf quand un végétarien pose une revendication directe au système marchand. Cela a par exemple été le cas pour moi au Japon en 1983.

Au Japon, j'ai éprouvé beaucoup de difficultés à me faire identifier comme végétarien dans les restaurants. Les termes "végétal" et "nourriture" sont si étroitement liés qu'il est pratiquement impossible de les distinguer, ce qui reflète sans doute une tradition végétarienne ancienne. En fin de compte, il m'a fallu faire une déclaration du genre "je fais dévotion" pour que, avec une certaine révérence mêlée d'étonnement, l'on consente à saisir que je ne mangerais pas de produits animaux.

L'option du comportement végétarien implique donc moins l'entrée dans un groupe particulier que l'éloignement d'une conduite conditionnée, profane et prosaïque. Le végétarisme n'est pas triste car c'est une aventure constante, une forme de résistance permanente aux pressions commerciales imposées par l'ordre thanatocratique. Il faut chaque jour ruser avec lui pour échapper à ses conditionnements et découvrir, sous ses valeurs marchandes, les valeurs d'usage réel, de vie et non de maladie et de mort. Cela implique donc un dépassement des tentations de plaisir immédiat et une rationalisation des choix. C'est là que l'information a un rôle fondamental à jouer.

La notion de groupe social ou ethnologique est difficile à cerner, dans les pays latins en particulier. Les tentatives de regrouper les végétariens au sein d'une association remontent à la fin du siècle dernier dans la plupart des pays d'Europe. Mais le résultat n'a jamais été très probant. La "Vegetarian Society" anglaise regroupe tout de même plusieurs milliers de membres et est très active. Mais sa propre documentation montre que le nombre des végétariens non enrôlés est beaucoup plus important (environ 3,25 millions de personnes soit 6 % de la population). A Genève, la "Société Végétarienne de Genève et de Suisse Romande", malgré l'impulsion donnée par feu son président Armand Dumoulin, est restée confinée à une marginalisation réelle malgré les efforts de ses membres. Le végétarien est souvent, comme l'a fait observer justement le professeur Ziegler au début de ce cycle, une personnalité assez forte, aguerrie par ses choix non conformistes, qui répugne naturellement à l'enrôlement dans un cadre social, même fraternel. Mais il accepte souvent de telles contraintes pour propager sa conviction profonde et militer pour les valeurs d'usage qu'il estime pouvoir intéresser ses semblables.

CALQUE 1.3

La motivation principale de 40 % de ceux qui mangent moins de viande est d'ordre médical. Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes (1 sur 14 contre 1 sur 24) dans leur propre catégorie. Et de 1983 à 1987, le nombre des végétariens a augmenté de 30 % en Angleterre (Der Vegetarier, mars 1987), sans doute aussi pour des raisons d'ordre économique, ce que nous verrons plus tard. En Allemagne, la progression est très nette également, puisque 22 % des repas pris aux restaurants universitaires de Munich (la "mensa") sont végétariens (100 000 repas par semaine en novembre 1986) (Uni-Berufs-Magazin, fév. 1987). Mais parallèlement la consommation de viande a quintuplé depuis 1850 en Allemagne, et le coût "de la santé" a triplé au cours des dix dernières années, car "les gens ont les moyens de se faire plaisir" (Der Tagesspiegel, 15 janvier 1987). Il se produit donc une sorte de polarisation des comportements dans la société actuelle : prenant conscience qu'il n'est plus possible de jouer sur deux tableaux en même temps, les hommes choisissent soit les plaisirs de la vie avec les contraintes que cela implique, ou bien les plaisirs de la mort, surdéterminés et imposés comme valeurs marchandes indispensables pour l'intégration sociale. Le problème de la motivation personnelle dépasse donc largement les simples pulsions psychologiques intérieures des individus. Il remet en cause l'ensemble du système de santé, d'agriculture, de distribution des richesses économiques.

C'est donc un ferment politique par essence.

Ce calque de la société végétarienne anglaise montre aussi que le végétarisme est presque deux fois plus répandu dans la population estudiantine que dans la population générale (11 %). Quelques noms de personnalités végétariennes modernes sont données à titre de leaders ou modèles, connus surtout au Royaume-Uni. Nous relevons toutefois les noms de Brigitte Bardot, de Madonna, de Yehudi Menuhin et de Michael Jackson. Les appels au comportement végétarien se fondent sur quatre thèmes principaux : la santé, la souffrance des animaux, l'environnement et le tiers monde, ce que nous examinerons ensemble si le temps nous le permet.

Passons donc du point de vue psychologique et personnel à la motivation plus large de la santé publique.

II - Le végétarisme face à l'imposture médico-industrielle

Le végétarisme, en tant que comportement individuel marginalisé, met en évidence les stratégies de séduction et d'aliénation des défenseurs de l'alimentation industrielle et de la médecine palliatrice et réparatrice. Car au lieu se présenter comme un complément récupérable, parmi d'innombrables "thérapies" plus ou moins naturelles ou industrielles, le végétarisme réel se revendique comme étant une conduite d'autonomie préventive, qui évacue les comportements artificiels induits par les thérapeutiques de l'a-posteriori.

Le végétarisme radicalise le débat en le portant au niveau des fondements mêmes de la connaissance et de la tradition. Sa réponse au serpent de mer des coûts dits "de la santé" est celle d'Hippocrate : QUE TA NOURRITURE SOIT TON MEDICAMENT ET QUE TON REMEDE SOIT TA NOURRITURE.

A partir de cet axiome de sagesse, le végétarisme est en droit de renvoyer dos à dos les thérapeutes autopatentés et les divers mages modernes qui se rejoignent tous dans l'interventionnisme dirigiste et paternaliste du : "faites-vous plaisir sans remords, nous sommes là pour réparer quand cela n'ira plus très bien dans votre corps". En ce sens, le végétarisme véritable refuse d'être considéré et exploité commercialement comme une "thérapeutique auxiliaire" analogue au thermalisme ou à l'ozonothérapie. Ce refus est évidemment taxé de sectarisme par ceux qui voudraient faire du végétarisme un alibi de plus pour la survie du scientisme médical.

Nous avons parlé d'autonomie préventive par le végétarisme. Cette prévention au niveau du terrain physiologique ne saurait se prêter aux manipulations marchandes puisque -par définition- elle implique une prise en charge individuelle, une responsabilisation volontaire, au lieu d'une confiance naïve dans les diktats publicitaires. Le principe même de la thérapie palliatrice est infantilisant et participe au fond des valeurs de domination mercantilistes par ceux qui détiennent le pouvoir médical. Ces valeurs visent à court-circuiter le "médecin intérieur", la "vix medicatrix" des Anciens.

L'idéologie du système sanitaire paternaliste et matérialiste ne croit pas à l'existence en l'homme de cette force, de cette "natura naturans" en action, comme elle ne croit pas non plus à l'existence de l'âme et de ses diverses formes traditionnelles, plus ou moins subtiles. Mais elle utilise ces énergies lorsque les résultats ne peuvent plus être niés, comme dans le cas de l'acupuncture. Tout en se gardant bien, dans sa démarche récupératrice et instrumentaliste, de réintégrer les valeurs spirituelles que cette tradition véhicule pour sous-tendre ces techniques de soins.

Le végétarisme est une voie de choix individuel de non-maladie. Il ne peut donc se concilier avec les techniques qui, comme un titre du Journal de Genève l'annonçait en 1983, se fondent sur l'acte de foi que "LA SANTE EST AU FOND DU TIROIR-CAISSE". Si elle y était, on l'aurait déjà trouvée, surtout en Suisse ! Malheureusement, c'est le contraire que l'on constate : les coûts de la maladie ont augmenté de 1000 % depuis 1960 mais le cancer fait toujours autant de victimes, proportionnellement s'entend. Le constat d'échec de ce système d'irresponsabilisation et de traitements épidermiques, dont le summum est atteint avec le mythe du préservatif, aura fait ou fera bientôt l'objet d'autres exposés de ce cycle, après avoir été magistralement démontré par Ivan Illitch et ses étudiants dans La Némésis Médicale (Seuil, 1975) dont la lecture a été déterminante pour ma prise de conscience de l'impuissance fondamentale du dogme médico-industriel à considérer les valeurs hygiénistes naturelles.

Puisque enfin l'occasion m'en est donnée, je tenterai d'analyser plus en profondeur cette incompatibilité épistémologique entre les deux attitudes, celle du Faust moderne et celle du nouvel Emile. Les thanatocrates vendent de la mort plus que de la vie. L'occultation systématique des valeurs naturelles pour les remplacer par une verroterie marchande a une finalité de rentabilité car le profit énorme qui est tiré des contre-valeurs de l'alimentation industrielle se prolonge par celui qui découle de l'exploitation de la maladie et de la mort, conséquences obligées et rapides du régime cafétéria imposé.

Une phrase suffira à décrire ce processus : il y a plus de gens qui vivent du cancer ou du sida que de gens qui en meurent. Comme Hans Ruesch le développe dans son livre "L'Impératrice Nue ou la Grande imposture Médicale" (Naked Empress, CIVIS, 1982, Klosters), si la naturopathie était officialisée aux Etats-Unis, ce serait une catastrophe pour le cancer social qui vit du cancer des individus. C'est pourquoi un Index des hérétiques est tenu à jour par le "Vatican de la mafia du cancer", autrement dit par l"American Cancer Society". Houston et Null écrivaient dans "Our Town" (3 septembre et 29 octobre 1978) en effet ceci: "L'American Cancer Society, en tant qu'Eglise médiévale de l'actuel Moyen Age du cancer, s'est arrangée pour mettre sur une liste noire les voies de recherche cancérologique les plus innovatrices et les plus prometteuses. L'ennemi véritable n'est pas le cancer -qui n'est qu'un phénomène naturel- mais la mafia qui en vit et tend systématiquement à détruire tout ce qui pourrait apporter une solution de fond. Et qui cherche à conforter sa position prédatrice, en tant que parasite de la souffrance humaine." (Naked Empress, p.67).

La morbidité du corps social doit donc être entretenue par les thanatocrates pour que ces derniers puissent prospérer. En 1990, les cotisations aux assurances-maladie vont encore augmenter malgré une désolidarisation par les franchises. Le thanatocrate type se présente sous les espèces avenantes du "biocrate", comme un régisseur de la vie. Il n'opère aucune distinction entre les plaisirs de la vie et ceux de la mort. Tous les toxiques légaux sont autorisés, puisqu'il est là pour les réparations ultérieures. Vendre de l'agréable est évidemment plus rentable et plus populaire que d'interdire ou de poser des tabous alimentaires, en un mot que de faire de la prévention active. De même, en agriculture, il est plus facile de cultiver des fraises ou des tomates stimulées chimiquement que de s'occuper de la vie micro-organique du sol et de planter des espèces qui ne porteront leurs fruits que plus tard.

Cette comparaison me conduit à souligner que le comportement végétarien ne consiste pas seulement à s'abstenir de consommer des animaux, vertébrés ou non (poisson et fruits de mer inclus) mais aussi à éviter les toxiques en général, par un choix d'aliments issus de l'agriculture biologique. Le végétarisme compris comme une prévention de terrain remet donc en cause tout le système actuel d'agriculture et d'approvisionnement, ce qui fera l'objet de l'analyse d'ordre économique et politique de cet exposé.

La santé naturelle implique, par le respect de lois biologiques inéluctables, une valeur d'ordre, de raison, tandis que l'option faustienne, hédoniste et industrielle consiste à vendre n'importe quoi, donc du désordre et de l'immédiat, pour reporter sur les thérapeutes la prise en charge apparente de la dette biologique ainsi contractée.

Le calque 2.1 illustre ce que font les traitements symptomatiques : donner un très bref sursis, une illusion de santé.

Le calque 2.2 précise le précédent : "Voici une liste des effets secondaires possibles du médicament que je vais vous prescrire. Lisez-la et téléphonez-moi demain matin pour me dire si malgré cela vous estimez que la vie vaut encore la peine d'être vécue."

Après avoir payé le non-aliment immédiatement gratifiant, puis le thanatocrate déguisé en biocrate, censé rétablir l'équilibre biochimique compromis, puis les substances chimiques issues de la recherche pharmaceutique (euphémisme pour ce qui est en réalité de la pseudo-science vivisectrice), puis les surprimes d'assurance entraînées par cette débauche moléculaire, le patient va devoir affronter les mêmes thanatocrates sous leur masque hospitalier, comme l'illustreront à grands traits les calques 2.3 et 2.4.

"Je me fous de ce que dit votre ordinateur. Je paierai pour l'opération de la hernie mais je ne veux pas payer pour l'hystérectomie". "Je voudrais vous présenter l'équipe de chirurgie. Je suis le chirurgien-en-chef, Mme Tully est l'assistante, M. Potts est l'anesthésiste et M. Wilburn est le médecin légiste". "Il paraît qu'ils portent ces masques chirurgicaux pour que les patients ne puissent pas les reconnaître lors des procès...". (CALQUE 2.5)

Les erreurs et bavures sont extrêmement courantes dans les hôpitaux, comme cela est rapporté dans "Naked Empress" ou dans "Medicine on Trial" (Prentice-Hall Division of Simon & Schuster, People's Medical Society, 1983) pour les Etats-Unis,où 50 % des diagnostics sont faux et plus de 40 % des décès hospitaliers sont dus à la violence des remèdes, d'après une récente enquête (documentation Phytodif). Les Etats-Unis consomment 30 % des produits pharmaceutiques du monde et assurent 40 % des bénéfices correspondants (Tribune de Genève du 6 janvier 1988, p. 3).

"La médecine ne guérit plus. Elle ne fournit plus que des prothèses, des palliatifs, des rafistolages de fortune" déclare le docteur Elmiger dans son livre "La Médecine Retrouvée" (p. 11). Il ajoute ailleurs (p. 104): "Le fanatisme doctrinaire des matérialistes est si net en médecine que toute opinion émanant d'une autre école est brutalement écartée. Les allopathes ne peuvent pas souffrir qu'une élite minoritaire puisse un jour enseigner dans nos facultés". A propos des vaccinations, qu'il appelle "la plus gigantesque imposture médicale de tous les temps" (p. 144), il cite l'excellent ouvrage du Dr Chavanon "La Guerre Microbienne" (1950, Paris, Dangles) pour affirmer : "Le lancement du BCG est un modèle de gangstérisme économique, une gigantesque et malhonnête opération commerciale. Les 20 familles qui tiennent la santé en otage (entendez son enseignement, ses laboratoires, ses temples et son commerce) ont réussi le tour de force de faire voter en 1949, à la sauvette, par l'Assemblée nationale et par le Conseil de la République, l'obligation vaccinale par le BCG." (p. 132).

Pour un végétarien, le vaccin est un viol alimentaire car la substance animale qui lui est injectée est en plus une toxine pure. Le rejet des vaccinations fait donc partie de l'éthique et de l'épistémologie végétariennes.

"En introduisant la Bête dans l'Homme -précise génialement Elmiger- le médecin se mue en sorcier maléfique qui procède à une sorte de bestialisation rituelle de la tribu" (p. 150). La vivisection est le pendant de la vaccination et,comme de nombreux médecins, le Dr Elmiger la récuse : "La médecine de demain ne peut pas se construire sur le malheur des innocents ; elle n'a pas besoin du sacrifice des animaux et n'a que faire des coûteuses équipes de chercheurs ivres de gloriole pseudo-scientifique" (p. 274). (CALQUES 2.6a,b, 2.7)

"La vivisection est faite pour des raisons légales et non pas scientifiques" a avoué en 1964 le Dr Gallagher, directeur des recherches du laboratoire Lederle (JAMA: 14/3/1964). Et pourtant 1 752 265 animaux ont été rituellement sacrifiés en Suisse en 1984. Hans Ruesch démontre que non seulement aucun résultat clinique sérieux n'est à mettre au crédit de la vivisection mais que cette imposture est la cause de catastrophes sanitaires innombrables et bloque la recherche scientifique véritable. Les végétariens s'associent pleinement aux conclusions de Ruesch, telles qu'elles sont exposées dans "Ces Bêtes qu'on Torture inutilement" (Favre, 500 p.,1980), traduit de "Slaughter of the Innocent" (CIVIS, 1979, 480 p.); et dans ses autres oeuvres.

"Seul celui qui guérit est réellement médecin" affirme Elmiger (supra, p. 188). Si 60 % des maladies cliniques sont dues à des médicaments et si 85 % à 95 % des tumeurs humaines sont dues à des produits chimiques (Mitteilungen, 12/87, p. 16) et si en un an 1 500 000 personnes ont été hospitalisées, dont 140 000 (9 %) sont mortes aux Etats-Unis en raison de médicaments défectueux, mis au point sur des animaux (H.R. Report 5, p.7), c'est que la médecine est une "impératrice nue" dangereuse, dont le pouvoir doit s'écrouler. Mais pour cela, il faut que les hommes puissent éviter d'avoir à la consulter, ce qui implique le comportement hygiéniste de prévention, donc le végétarisme.

(+calques 2.8, 2.9, 2.10)

L'hygiéniste végétarien refuse d'entrer dans le jeu morbide et modifie donc son alimentation et son attitude face à son corps, quitte à se marginaliser; ce qui nous conduit à l'analyse proprement sociologique du comportement végétarien.

III - Végétarisme et tabous alimentaires

Le tabou alimentaire apparent du végétarisme actuel ne procède pas d'une règle dogmatique, d'une survaleur traditionnelle imposée par une classe dominante, théocratique dans son essence, comme cela a pu être le cas dans certaines religions. Mais ces dernières n'ont peut-être fait qu'institutionnaliser et ritualiser ce qui au début était conscience rationnelle d'un avantage biologique.

Depuis le fruit défendu de l'Eden, les interdits alimentaires ont jalonné le passage de l'état de nature à l'état de culture. Mais les règles dogmatiques ne tiennent pas très longtemps sans vérification naturelle. L'ordre artificiel est un jour contesté, transgressé. Le mur finit par tomber car le tabou appelle sa vérification expérimentale.

Les carnivores, qui refusent de manger leurs chiens, leurs chats, souvent leurs chevaux, ou les sauterelles pourtant très semblables aux crevettes -paraît-il- ont des tabous souvent moins rationnels que les végétariens. Muse Tegegne pourra sans doute confirmer que manger du chameau est cause d'excommunication pour les chrétiens en Ethiopie.

D'un côté comme de l'autre, il est à noter que les interdits portent presque toujours sur des animaux, comme dans la Sourate 6 du Coran. Mais en Polynésie, certaines plantes sont prohibées, comme chez nous 99 % des champignons. La compréhension et la connaissance de la Règle, grâce à la Culture, peuvent remplacer le processus personnel de transgression du tabou.

L'expérience de l'aliment défendu, une fois subie la conséquence négative, nous reconduit à la règle. Savoir reconnaître une amanite mortelle est une valeur d'usage précieuse, mais n'empêche pas des dizaines d'intoxications chaque année par ceux qui ont voulu vérifier l'interdit traditionnel.

Comme l'a déclaré Emerson, "la vie tient une école très dure, mais pour les fous il n'y en a pas d'autre" ! Il n'est pas nécessaire de devenir alcoolique pour prendre conscience du fait que l'alcool, ou le tabac, ou une autre drogue, nous détruit. Mais certains individus sceptiques se croient obligés de passer par cette voie longue, douloureuse et coûteuse pour le corps social. C'est le cas pour l'alimentation industrielle comme pour d'autres contre-valeurs : l'être social inquiet quant à sa liberté d'action veut tout redécouvrir par lui-même et rejette la tradition des anciens, avec ses interdits ou garde-fous,même justifiés. Intérioriser le tabou par expérience et non par connaissance et réflexion conduit la société actuelle à un vécu morbide de première grandeur. Selon le bilan du "Worldwatch Institute" (L'Etat de la Planète, Lester Brown, préface de René Dumont, 1989), cette planète n'en a plus que pour 10 ans avant d'atteindre le point de non-retour définitif. "Nous sommes au bord d'une effroyable famine" écrit Dumont et nous en sommes à nous demander comment perdre quelques kilogrammes en améliorant un peu notre régime... L'apocalypse sera le prix du non-végétarisme, à mon avis.

Bien que très ancien puisque remontant à notre filiation phylogénétique dans l'ordre des Primates, le tabou végétarien n'a jamais été vraiment dogmatique car sa valeur d'usage s'est constamment trouvée vérifiée et confirmée par les faits comme par les analyses modernes. Les quelques courbes suivantes illustreront cela. (CALQUES 3.1 A 3.7)

Schéma des effets d'une alimentation riche en protéines sur l'espérance de vie. Ross a montré que pour 17 des 23 enzymes étudiées chez de petits animaux, on trouve un niveau enzymatique correspondant au jeune âge chez les animaux adultes dont l'alimentation est pauvre en protéines : par contre le niveau enzymatique des animaux nourris avec une alimentation riche en protéines correspond à celui des animaux âgés. ("Viande et Santé", Dr Scharffenberg).

Mortalité due à des affections circulatoires en Norvège de 1938 à 1948.

Densité osseuse comparée dans trois populations de femmes âgées de 70 à 79 ans, par rapport à la consommation de viande ("Transition to Vegetarianism", Dr Ballentine). L'ostéoporose commence à la fin de la trentaine chez les Esquimaux, gros consommateurs de viande, soit une vingtaine d'années plus tôt que dans la population américaine moyenne.

Corrélation entre consommation de graisses et taux de mortalité par cancer du sein. Les adventistes végétariennes ne présentent que 65 % du taux habituel de mortalité par cancer du sein, alors que les étudiantes qui en consomment plus de 5 fois par semaine ont un taux presque double, de 118 %. (3.7) Nous pourrions accumuler ainsi d'autres preuves expérimentales, que nous pourrons facilement retrouver dans des ouvrages de base comme "Viande et Santé" du Dr Scharffenberg, ou "Transition to Vegetarianism" du Dr. Ballentine. Mais revenons à notre analyse du comportement végétarien dans la société moderne, étant admis d'emblée que, pour chacun de ceux qui ont choisi cette conduite, il existe un ensemble déterminé de justifications.

Au plan national suisse par exemple, le végétarisme est perçu par les autorités comme une valeur d'usage très exceptionnel: pour une survie de la population en cas de guerre ou de catastrophe analogue. C'est-à-dire que le végétarisme, par ses vertus intrinsèques, se fait déjà admettre comme utile pour un état de crise, de pénurie, comme l'illustrent les documents suivants.

(CALQUES 3.8 A 3.12)

(3.8,3.9)Le plan alimentaire fédéral PA-90 prévoit en cas de crise une consommation de calories diminuée de 30 % (de 3 300 à 2300 kcal) car la production agricole indigène ne pourrait assurer que 60 % des besoins alimentaires. Avec une consommation de viande diminuée des deux tiers, l'on admet que le régime des Suisses serait "plus équilibré" et plus sain, permettant de "se retrouver en pleine forme" (Tribune de Genève, 18 août 1988).

(3.10) La comparaison de cette information avec le fait qu'au cours de la même année 1988 la consommation de viande a augmenté de 6 % met en évidence une certaine contradiction, sinon schizophrénie ou dichotomie entre le discours officiel et la réalité concrète. "Les Suisses aiment la viande" lit-on le 21 mars 1989 : 30,4 kg par personne et par an en moyenne, dont le tiers en charcuterie et saucisses. Si l'on inclut les os des animaux ainsi consommés, il faut multiplier cette masse par trois, soit 92 kilos par personne et par an en 1988, avec une tendance à préférer les viandes importées du tiers monde, moins chères ici. Nous reviendrons plus tard sur ce problème.

(3.11) Qualitativement, l'on a pu parler de "mal-bouffe" du Suisse, comme l'a montré le deuxième Rapport suisse de l'alimentation, qui conclut que la consommation optimale, de 2 400 kcal, est dépassée de 20 % à 30 %, puisque la moyenne journalière se situe à 3 080 kcal. 66 % des Suisses ont trop de poids et 43 % de ces calories proviennent de denrées animales. Le sucre dépasse de peu la viande avec les ossements : 136 kilos par personne et par an. Caricature de l'homo sapiens consumentus : à chaque Suisse son demi-porc par année (Vers un développement solidaire, Déclaration de Berne, numéro spécial sur la Viande, juin 1985, Lausanne).

(3.12) Alors que l'apport de protéines d'origine animale était de 27 % en 1880, il était de 45 % en 1935, et de 71 % en 1980. Cela ressemble à un compte à rebours pour notre santé et pour celle de notre planète. 89 % des aliments modernes sont pauvres en fibres végétales. Il est dès lors intéressant de comparer les pourcentages du régime alimentaire de masse avec ceux des facteurs pathogènes constatés dans la population et reflétés fidèlement par les augmentations des cotisations d'assurance maladie: aux 22 % de viande et oeufs dans le régime correspondent 25 % de risques ; aux 12 % de produits laitiers correspondent 15 % de risques liés à ces produits. Aux 19 % de sucre et d'alcool dans le régime moyen correspondent 15 % de risques morbides et les 18 % de graisses raffinées peuvent s'associer aux 20 % de maladies mortelles dues à l'obésité et au manque d'exercice; le tabac prenant en charge le quart restant des raisons de tomber à la charge du système de mutualité.(3.13, 3.14).

Devant un tel bilan statistique, il est difficile de continuer à croire aux incantations rassurantes du système médico-industriel, très désireux que rien ne soit changé à ces habitudes dont le résultat n'est finalement que de lui drainer des clients toujours plus nombreux et toujours plus soumis. Les contradictions ne manquent cependant pas à ce niveau entre forces en présence : Etat, caisses d'assurance, population cotisante et pouvoir médical. Il s'agit là d'un manège à quatre, où le jeu consiste à renvoyer la balle au suivant, comme l'illustre le document ci-après: "Manège à quatre". (3.15)

En conclusion de ce troisième volet sur l'aspect social du comportement végétarien, nous pouvons conclure que la communion rituelle de viande procède bien d'une conduite autodestructrice de la société. Pourquoi alors occulte-t-elle le végétarisme ? Cela pose je crois le problème écomomique et politique.

IV. Végétarisme et terrorisme alimentaire : l'occultation économico-politique

Les forces d'argent dominantes se trouvent prises entre d'une part la nécessité, pour continuer à paraître crédibles, de se mettre un peu à jour et de reconnaître les avantages de l'hygiène et de la prévention, et d'autre part l'obligation de continuer à faire des affaires en vendant ce qui fait plaisir aux consommateurs. C'est là que le végétarisme, en radicalisant cette contradiction, devient un outil de démasquage social et politique très efficace. Il est devenu tabou et considéré comme "extrémiste", "sectaire", car trop menaçant pour le système de gratification-palliation industrielles. La tendance des écoles diététiques reflète exactement cette situation : on admet qu'il faut manger moins de viande, de graisse, de sucre, on parle de "régime équilibré" sans exclusive, avec "un peu de tout"; ce qui permet de continuer à vendre tout ce qui flatte le palais des consommateurs, avec l'alibi publicitaire de paraître avoir fait tout le possible pour se montrer favorable à l'hygiène publique et à l'environnement. Ce discours bien-pensant et sirupeux ne résiste pas à l'examen un tant soit peu approfondi, comme les documents ci-après nous le démontreront clairement. (CALQUE 4.1)

Voici tout d'abord une lettre que j'ai adressée au début de cette année 1989, en tant que vice-président de la Société végétarienne de Genève et de Suisse Romande, à l'hebdomadaire des coopératives Migros, "Construire". Ce dernier avait publié un article consacré à la "bonne nutrition" et répondait ainsi à la question "Vit-on en meilleure santé sans viande ?" dans les termes suivants : "manger de la viande peut être ou tout aussi sain ou malsain que de ne pas en manger"; mettant donc sur un pied de stricte égalité les deux comportements. Une telle déclaration faisait bon marché des preuves accumulées en faveur du végétarisme par rapport à la consommation de viande et je tenais à ce que la Migros veuille au moins rectifier son information, sans d'ailleurs que le débat reste limité au seul plan médical. Par exemple en lui rappelant qu'il faut -nous le verrons plus tard si nous en avons le temps- 5 mètres carrés de forêt tropicale pour obtenir une boulette de viande pour hamburger.

(CALQUE 4.2)

La réponse de la diététicienne attitrée de la Migros, Nicole Oehninger, m'est parvenue un mois plus tard. Elle y reconnaît qu'on "recommande en effet de manière générale de consommer moins de viande. Pourtant, une stricte interdiction de la viande serait injustifiée. Il serait contraire à nos principes de chercher à rééduquer les Suisses et les contraindre à se faire végétariens par une interdiction de la vente de viande !".

En 6 lignes, la Migros revient deux fois sur le spectre d'une éventuelle interdiction de la viande, qu'elle agite frileusement pour protéger son profit. Cette lettre est hors du sujet que j'avais posé et élude immédiatement mon droit de réponse et ma demande de rectification en dramatisant et en déformant mon intention. Alors que je demandais à ce journal de bien vouloir rétablir son information, la seule vue du papier à en-tête de la Société végétarienne a provoqué une sorte de panique à la Migros et suscité cette réaction tout à fait symptomatique et révélatrice. Les valeurs marchandes ne supportent pas d'être menacées. La Société végétarienne romande, qui compte un tout petit noyau d'une vingtaine d'adhérents militants et un fichier de quelques centaines de sympathisants passifs, se voit considérée comme un foyer de terrorisme antimercantiliste, dont la moindre intervention, même bénigne, doit être interprétée comme portant atteinte potentielle au chiffre d'affaires.

Sur le plan fédéral, les contradictions internes sont moins évidentes car il n'y a pas d'intérêt commercial apparent. Comme nous l'avons vu à propos des tabous alimentaires (calques 3.8 et 3.9), l'Etat reconnaît la valeur du végétarisme pour faire face à une crise grave dans le pays. Mais d'autre part on tient à repousser cette éventualité dans le futur: c'est un moindre mal à éviter si possible, comme les abris anti-atomiques; c'est une boîte de survie spéciale pour une reprise en main totale de la population sous couvert de protection civile; cela ne va pas plus loin que le voeu pieux. En réalité, si les médecines naturelles comme l'acupuncture et l'homéopathie commencent à entrer dans les facultés de médecine, il n'est pas encore question de donner droit de cité aux méthodes de prévention active comme le végétarisme et l'hygiénisme en général. En voici un témoignage récent. (CALQUE 4.3).

Il s'agit d'un article paru dans la Tribune de Genève le 23 février 1989, intitulé "Vivre sainement ne suffit pas", à propos de prévention anti-sida. Le conseiller national René Longet avait, avec raison, demandé par une question ordinaire " s'il n'était pas possible de montrer, dans le cadre des campagnes préventives anti-Sida, comment chacun peut renforcer ses défenses immunitaires en adoptant un mode de vie plus équilibré. Les campagnes anti-Sida recommandent l'utilisation du préservatif comme moyen de prévention principal mais ne disent rien des facteurs liés au mode de vie, qui affaiblissent les défenses de l'organisme : alcool, alimentation trop riche en graisses animales, sucre raffiné, tabac, abus de médicaments, stress. Apprendre au public comment vivre pour maintenir le système immunitaire à son niveau optimal contribuerait aussi à lutter contre le Sida, estimait René Longet dans sa question." Il vaut la peine de citer maintenant la réponse officielle à cette demande frappée au coin du bon sens.

"Le Conseil fédéral convient qu'un mode de vie plus sain peut renforcer le système immunitaire mais ajoute que cela n'est pas scientifiquement prouvé. Un tel renforcement ne suffit toutefois pas à protéger d'une infection par le virus HIV. De nombreuses personnes menant une vie saine, dotées d'un système immunitaire intact, ont contracté le virus du Sida. En conséquence, il serait DANGEREUX de diffuser, dans la campagne Stop-Sida, des conseils pour vivre SAINEMENT, qui pourraient laisser croire qu'une vie saine constitue déjà à elle seule une protection contre l'infection par le virus HIV, ajoute le Conseil fédéral dans sa réponse."

Je crois qu'il convient maintenant de bien centrer notre analyse sur ce texte, très révélateur, à partir duquel la dialectique sociologique du déterminant et du déterminé est très clairement exposée par les faits. Pour placer le deuxième volet de ce non-dialogue, je me permettrai de citer ici, in extenso, ma réponse à cette prise de position du Conseil fédéral, parue 15 jours après dans la Tribune de Genève du mercredi 8 mars 1989, tout en soulignant que la réponse des responsables politiques, dans ses termes mêmes, n'est qu'un reflet servile de la position qui leur a été très certainement dictée par la force dominante réelle : le trust médico-pharmaceutique suisse. Madame Kousmine nous a déjà bien démontré les étonnantes possibilités offertes par la méthode d'alimentation saine dans toutes les maladies de dégénérescence comme le cancer et le SIDA. Ce n'est donc pas à titre de franc-tireur isolé et marginal que je me suis senti habilité à contester la position des autorités, mais en tant que porte-parole d'un puissant courant de survie.

(CALQUE 4.4)

"L'article paru dans la "Tribune de Genève" du 23 février sous le titre "Vivre sainement ne suffit pas" ne peut que décevoir ceux qui militent pour la prévention et l'hygiénisme en général, moins rentables que la vente de solutions de réparation. Serait-il dangereux de donner des conseils pour vivre sainement tant qu'il n'est pas prouvé scientifiquement qu'une vie saine ne peut pas, à elle seule (sans préservatifs), assurer une protection contre le virus HIV ?

Les expériences faites sur des individus sains, humains ou d'espèce proche (chimpanzés) montrent que le virus ne prend pas si le niveau immunitaire est normal (Science et Vie, octobre 1985). Par ailleurs, deux cas de séropositifs redevenus négatifs ont été scientifiquement vérifiés par le Dr André Fribourg-Blanc, comme la "Tribune de Genève" l'a signalé dans un article du 21 avril 1988 ("Sida: le virus qui s'évapore").

Donner de l'espoir est toujours favorable au système immunitaire, comme on l'a constaté scientifiquement aux Etats-Unis. Même un faux espoir vaut mieux qu'une certitude morbide ! Il est donc, à mon avis, dangereux pour les malades touchés par ce virus de ne pas les encourager à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour augmenter leur immunocompétence, qu'un "mode de vie plus sain peut renforcer", comme le reconnaît le Conseil fédéral suisse.

Il n'est pas non plus "scientifiquement prouvé" que le seul usage du préservatif suffise à protéger contre l'infection HIV: pourquoi la "vie saine" (qui reste à définir plus précisément et qui implique l'hygiène élémentaire) ne serait-elle pas encouragée au même titre que le seul préservatif, qui semble faire l'objet d'un fétichisme particulier de la part des "responsables" ?

Quelques centièmes des sommes allouées à l'industrie des préservatifs suffiraient à des sociétés de "vie saine" (comme la Société végétarienne ou la Fondation Soleil) pour apporter au moins de plus grandes espérances de guérison que les seules "recherches" officielles et leur inapplicable recommandation de prévention épidermique.

Nous sommes nombreux à considérer comme irresponsables le rejet, sans preuves scientifiques, de la prévention de terrain -alimentaire en particulier- et l'imposition d'un dogme superficiel et non générateur d'espoir en l'état actuel des connaissances.

La vie "saine" implique plus que des mesures d'ordre physique et englobe l'âme, le psychisme; ce qui explique pourquoi certaines personnes, menant une "vie saine" en apparence, ont pu devenir positives HIV.

Qui est vraiment en mesure d'apprécier en quoi consiste une vie saine ?

Se mesure-t-elle seulement au taux d'immunoglobulines?" (CALQUES 4.5 A, B)

Aucune réaction ne m'est parvenue à la suite de cette mise au point dans la presse. Pour ceux que cela intéresse, j'ai publié deux autres textes de la même veine à propos du Sida, parus dans "24 Heures" et "Construire". Le premier m'a valu un appel téléphonique d'appui de la part de Madame Kousmine, qui a bien voulu me considérer comme un de ses disciples spirituels. J'ai remis ce texte à jour pour un journal du personnel, tout récemment; mais sa parution fait actuellement l'objet du veto d'un mandarin de l'Organisation Mondiale de la Santé. Nous pourrons revenir ultérieurement sur cette question fondamentale de l'acquisition d'une immunodéficience et sur l'attitude de rejet systématique des pontifes de la mort et de la maladie: les biocrates et les thanatocrates. Par exemple en citant les chasses aux sorcières engagées par ces derniers contre des génies comme Solomidès et maintenant les Beljanski. (4.6, 4.7)

La compréhension d'un telle attitude de rejet ne s'explique pas seulement -à mon avis- par des motifs d'ordre économique et politique. Il existe aussi une résistance plus profonde encore, d'ordre philosophique, que je vais maintenant tenter d'aborder.

Publié dans Environnement

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