Ousmane Sy

Publié le par Jacques

Ousmane Sy

Le prix international Roi Baudouin pour le développement 2004-2005 consacre un pionner et un avocat de la gouvernance en Afrique

Bruxelles, février 2005.

Le Prix International Roi Baudouin pour le Développement 2004-2005 a été décerné par la Fondation Roi Baudouin au malien Ousmane Sy, un homme de vision, un pionnier de l’action en matière de gouvernance en Afrique. Pour le lauréat, la gouvernance n’a rien d’un concept abstrait : il l’a traduite concrètement au Mali par la décentralisation de la gestion publique, restituée aux populations, aux communes, aux villages, dans des processus de participation démocratique.

Ousmane Sy, né en 1949, est en effet la figure de proue de la décentralisation et de la réforme de la gouvernance dans son pays. Mais il l’est également au niveau de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest, où il plaide et œuvre pour que les réformes mises en œuvre aux niveaux local et national aillent de pair avec des réformes au niveau régional.

Comme le Comité de sélection l’a souligné en motivant son choix, le Prix 2004-2005 est attribué à Ousmane Sy, ”pour la force de sa vision et le courage de ses idées au sujet de la gouvernance en Afrique, et pour l’originalité de ses actions au Mali où, par un processus participatif de décentralisation et l’organisation d’élections transparentes, il est parvenu à créer un cadre stimulant une meilleure gestion publique et une stabilité renforcée, deux conditions essentielles au développement.”

Le Prix International Roi Baudouin pour le Développement, d’un montant de 150.000 euros, sera remis à M. Ousmane Sy le 3 mai 2005 au Palais royal de Bruxelles.

Cette année encore, l’attribution du Prix va bien au-delà du soutien financier qu’il représente. Le Prix assure à ses lauréats une visibilité et une promotion internationales, en particulier auprès des principaux acteurs du développement, tels que les Nations Unies et leurs agences spécialisées, la Banque mondiale, l’Union européenne et certaines coopérations bilatérales, le monde des fondations ou des ONG internationales.

Le changement est possible en Afrique

Ousmane Sy confirme l’importance de l’écho que reçoit ainsi son message: L’obtention du Prix International Roi Baudouin est l’occasion de mettre en avant une conviction très profonde, selon laquelle le changement est possible en Afrique, malgré les images et l’actualité négatives qui engendrent trop souvent un afro-pessimisme. Tout mon discours, tout mon travail consistent à montrer que les changements sont possibles, à un certain nombre de conditions parmi lesquelles la décentralisation, une intégration régionale et une meilleure gouvernance s’inspirant du vécu des Africains figurent en bonne place.

Un ancrage local, un retour à la diversité

Diplômé en agroéconomie et développement agricole, docteur en développement économique et social (Paris I), Ousmane Sy est chargé de programme du PNUD au Mali de 1987 à 1993. A partir de cette année-là, et jusqu’en 2000, il pilote la « Mission de décentralisation et des réformes institutionnelles » chargée de conduire ce processus voulu par le nouveau pouvoir démocratique. En 2000, il entre au gouvernement comme ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales. Il est également chargé d’organiser les élections présidentielles de 2002.

Un résultat chiffré permet d’évaluer l’ampleur de la tâche de décentralisation accomplie au Mali: au début de l’opération, le pays comptait 19 communes urbaines. Cinq ans plus tard, en 1998, 703 communes avaient été instaurées, en impliquant les populations locales dans leur création.

Ousmane Sy résume l’enjeu : La décentralisation permet assurément de consolider le processus démocratique, en élargissant sa base. Elle l’ancre au niveau local, en soumettant la démocratisation à l’épreuve des réalités de l’échelle locale. Elle constitue également un levier pour la dynamisation de l’économie locale, en rapprochant les décideurs des acteurs locaux. (…) Désormais, les décideurs sont des proches, issus du terroir, et non plus des gens nommés par le pouvoir central. De plus, l’interpellation des pouvoirs locaux peut se faire dans les langues régionales : la décentralisation a été synonyme de reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle.

Le projet de décentralisation a effectivement servi de base aux négociations avec les mouvements rebelles des populations touaregs dans le Nord du Mali. Il a permis de satisfaire les revendications de ces mouvements portant sur la reconnaissance de leur existence : la décentralisation est une réponse aux questions que pose la diversité. Celle-ci peut ainsi mieux s’exprimer.

Fort de son expérience, Ousmane Sy a fondé avec d’autres africains le réseau « Gouvernance en Afrique », qui couvre actuellement 14 pays d’Afrique occidentale et centrale. Il préside depuis 1992 la Fondation rurale pour l’Afrique de l’Ouest (FRAO). Il a aussi créé son propre centre d’expertise et de conseil, le CEPIA (Centre d’expertises politiques et institutionnelles en Afrique).

Moi-même, expliquait M. Sy en ce début 2005, j’accompagne pour l’instant une expérience au Tchad et une autre au Togo. Mais je n’y amène pas de recettes. Le plus important, c’est de mettre en avant un processus, une approche. (…) Je travaille pour redonner espoir, pour montrer que l’Afrique peut changer et que cette vision peut y contribuer.

Deux finalistes de haut niveau

Le Prix International Roi Baudouin pour le Développement (www.kbprize.org) est décerné tous les deux ans depuis 1980 par le Conseil d'administration de la Fondation Roi Baudouin. Il vise à couronner l'action de personnes ou d'organisations qui apportent une contribution importante au développement des pays du Sud.

Pour choisir un lauréat parmi les nombreux candidats, la Fondation se base sur le rapport établi par un Comité de Sélection indépendant, actuellement présidé par le Dr. Peter Piot, directeur exécutif de l’ONUSIDA. Le Comité de sélection tient cette année à souligner la qualité du travail fourni par deux des finalistes qui ont accompagné le dossier d’Ousmane Sy jusqu’au choix final :

- Drishtee (Inde), une jeune entreprise indienne qui permet aux villages les plus reculés du pays d’avoir accès, par un système de ‘kiosques informatiques’, à une série de services tels que l’e-government ou la consultation des prix de produits agricoles sur les marchés voisins.

- Viva Rio (Brésil), une ONG basée à Rio de Janeiro, qui mobilise et cherche à unir les différents secteurs d’une société en plein déchirement, grâce à la mise en œuvre de projets pratiques de sécurité communautaire et d’intégration sociale, qui prouvent la possibilité de briser le cercle vicieux de la violence et transforment ainsi la peur en espoir.

Une autre caractéristique du Prix International Roi Baudouin pour le Développement réside dans la diversité des candidats récompensés. Depuis 1980, la liste des lauréats couvre un large éventail de domaines, de l'alphabétisation à la formation des paysans en passant par les transferts de technologie, les nouvelles formes de crédit, les droits de l’homme ou le commerce équitable.

Le Prix International Roi Baudouin est devenu aujourd’hui la référence quand il s’agit de reconnaître des exemples positifs en matière de développement.

Contacts

Fondation Roi Baudouin:
Jean-Paul Collette, collette.j@kbs-frb.be, +32.2.549.02.78 (Bruxelles)
Peter Thesin, thesin.p@kbs-frb.be, +32.2.549.02.56 (Bruxelles)

Ousmane Sy
Centre d'Expertises Politiques et Institutionnelles en Afrique (CEPIA)
BP E 867, Bamako, Mali
tel (223) 229 69 30, fax (223) 229 69 28, osy@afribone.net.ml

Source : Communiqué de presse de la Fondation Roi Baudouin où vous pouvez trouver aussi une vidéo.

Publié dans Développement durable

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