Charles de Foucauld, "frère universel"

Publié le par Jacques

Charles de Foucauld
Copyright Archives postulation, avec l'aimable autorisation des Petites soeurs de Jesus, de Charles de Foucauld

Biographie

Explorateur du Maroc

Suite à sa rencontre avec Oscar Mac Carty, conservateur de la bibliothèque d'Alger et géographe, Charles de Foucauld élabore le projet de voyage au Maroc. Pour mieux préparer ce voyage, il étudie pendant une année l'arabe et l'Islam ainsi que l'hébreu. Suivant les conseils du conservateur, il se déguise en israélite afin de mieux passer inaperçu dans la grande majorité de ce pays encore peuplé de tribus hors de contrôle direct du sultan et interdit aux chrétiens.

Ce voyage au coeur du Maroc aura lieu de juin 1883 à mai 1884. Charles de Foucauld racontera par la suite son périple en compagnie de son guide, le rabbin Mardochée, dans un ouvrage, Reconnaissance au Maroc, publié en 1888. La masse considérable de renseignements, notamment géographiques et ethnologiques, lui vaudront la médaille d'or de la Société de géographie de Paris.

C'est une révélation : « L'Islam a produit en moi un profond bouleversement. [...] La vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m'a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines. »

De retour en France, il retrouve les siens, et notamment sa tante Moitessier, sœur de son père, mais la vie parisienne l'ennuie. Il repart à Alger où Mac Carthy lui présente un spécialiste de géographie, le Commandant Titre. Charles rencontre ainsi la fille du Commandant, Marie-Marguerite, avec qui il envisage de fonder un foyer. Plusieurs mois de réflexion et un nouveau périple dans le désert décident de sa vie sentimentale : il choisit de façon définitive le célibat.

La conversion

De février à octobre 1886, il réside à Paris tout près de sa cousine Marie de Bondy (fille de sa tante Moitessier). L'affection de celle-ci et la fréquentation du salon de sa tante lui permet de rencontrer l'abbé Huvelin, vicaire de la paroisse Saint-Augustin. C'est une seconde révélation : « Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi : Dieu est si grand. Il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n'est pas Lui... Dans les commencements la foi eut bien des obstacles à vaincre ; mais moi qui avais tant douté je ne crus pas tout en un jour. » L'abbé le convainc d'entrer en religion.

L'année 1887 est consacrée à la correction définitive de la « Reconnaissance au Maroc ». En 1888, l'ouvrage paraît. Fin 1888, il part pour un pèlerinage de quatre mois en Terre sainte jusqu'au début 1889, année de sa préparation religieuse.

Après un bref passage à Solesmes puis à la grande Trappe de Soligny, Charles de Foucauld entre au monastère de Notre-Dame-des-Neiges, situé en Ardèche le 16 janvier 1890, où il prend l'habit de novice et le nom de Frère Marie-Albéric. Après avoir démissionné de la Société de Géographie, il renonce également à son grade d'officier de réserve. « Cette démarche me fait plaisir ; le 15 janvier j'ai quitté tout ce qui m'était un bien mais ils restaient en arrière ces misérables embarras, le grade, la petite fortune et cela me fait plaisir de les jeter par la fenêtre. »

Puis vient un nouveau départ vers l'Orient et la Syrie. Charles de Foucauld rejoint la Trappe de Cheikhlé au mois de juin 1890. Il y restera six années. Cette nouvelle existence cénobitique est faite de méditations ; les moines s'emploient également aux travaux des champs et à la construction de routes. Malgré les réserves qu'il exprime auprès du maître des novices, Dom Louis de Gonzague, au sujet du confort relatif de la Trappe, il prononce le 2 février 1892 ses vœux monastiques et reçoit la tonsure.

Au mois d'octobre 1901, le Père de Foucauld s'installe à Béni-Abbés, une oasis situé sur la rive gauche de la Saoura au sud de l'Oranie dans le Sahara occidental.

Ermite au Sahara

Durant les marches il apprend le tamachek (idiome des Touaregs) et entreprend une traduction de l'Évangile en cette langue. Au cours de l'année 1905, il achève la rédaction des ses Méditations sur les Saints Evangiles.

Les Touaregs vouent rapidement une vénération au « Frère Charles de Jésus ». Il décide de s'y installer pour quelques mois et de passer chaque année trois mois à Béni Abbès, six mois à Tamanrasset, trois mois à aller et venir.

Dix années de recherches aboutissent, en 1915, à la publication d'un dictionnaire linguistique abrégé touareg-français.

Celui qui voulait mourir martyr est assassiné d'un coup de feu le 1er décembre 1916 par des rebelles et pillards senousistes à la porte de son ermitage.

Dans sa dernière lettre à sa cousine Marie de Bondy, Charles de Foucauld écrit : « On trouve qu'on aime jamais assez, mais le bon Dieu qui sait de quelle boue il nous a pétris et qui nous aime bien plus qu'une mère ne peut aimer son enfant, nous a dit, Lui qui ne ment pas, qu'il ne repousserait pas celui qui vient à Lui ».

Le rayonnement spirituel du Père de Foucauld est aujourd'hui perpétué par près d'une vingtaine de congrégations et d'associations religieuses qui proposent de « réapprendre le mystère de l'incarnation aux hommes d'aujourd'hui ».

Le 24 avril 2001, le Pape Jean-Paul II approuve le décret d'héroïcité des vertus du Père de Foucauld qui devient ainsi Vénérable.

Outre sa Reconnaissance au Maroc (1888), Charles de Foucauld a laissé de nombreux documents scientifiques qu'a publiés l'université d'Alger ainsi que ses Écrits spirituels. En 1951, l'imprimerie nationale de France, avec le concours du Gouvernement général de l'Algérie, a publié le dictionnaire touareg-français complet, en quatre volumes, magnifique travail de l'Imprimerie Nationale et somme de travail incroyable de Charles de Foucauld, en vue du bien des Touaregs et plus généralement des Berbères.

La spiritualité du Frère Charles

La vie spirituelle intense de Charles de Foucauld est marquée par plusieurs caractéristiques.

L'imitation du Christ

La vie du Christ est une inspiration fondamentale pour Charles de Foucauld. Plus que Jésus, prophète sur les routes, c'est le Jésus artisan à Nazareth qui lui sert de modèle. Il s'agit de vivre de façon humble : comme Jésus, il faut adopter un mode de vie pauvre, mais plus encore, il faut éviter d'essayer de se démarquer de son prochain. Jésus à Nazareth ne prèche pas encore la bonne nouvelle, il l'incarne. Charles de Foucauld ne voulait pas être une institution, un homme différent, mais au contraire ne désirait que se mêler à la population dans laquelle il exercait son apostolat. Comme Jésus, il voulait gagner son pain quotidien en travaillant de ses mains. Sa prêtrise ne devait pas se manifester comme une fonction supérieure. En conséquence, Foucauld invente un apostolat particulier : l'apostolat du milieu par le milieu (cité dans Paul), par la fraternité.

Un apostolat innovant

Ce n'est pas un apostolat actif. Bien au contraire, Charles de Foucauld refuse de prêcher l'évangile à une population qui ne serait intéressée que superficiellement dans les saintes écritures. En imitant le Christ, Charles de Foucauld espère présenter un modèle de sainteté aux yeux de tous, et ainsi les interesser à son maître, le Christ : en voyant combien ses serviteurs sont bons, ils devaient en déduire la grandeur de leur inspirateur. Le père de Foucauld pronait la fraternité entre les hommes : il donnait tout pour ses « chers nomades », sans rien exiger en retour. La lecture de la biographie de René Bazin entraine une réflexion quant à ses motivations. Il semble que cet apostolat différent était vu comme meilleur, mais aussi plus efficace. Foucauld voyait les limites d'un prosélytisme classique, d'une prêche imposée, sur une population, les Touaregs, restée très indépendante, même vis-à-vis de l'Islam. Connaître la langue, ne pas chercher à s'imposer, afficher d'abord ses qualités, se faire aimer, pour mieux amener à la religion : cet apostolat était effectivement plus porteur.

La famille spirituelle de Charles de Foucauld

L'influence de Charles de Foucauld fut grande : sa biographie, « Charles de Foucauld, explorateur du Maroc, Ermite au Sahara », fut un best-seller (écrite par René Bazin, disponible aux éditions nouvelle cité). Il est considéré comme un des théologiens majeurs du siècle. Une famille spirituelle contribue à répendre ses idées. Il faut citer les petits frères de Jésus, fondés par René Voillaume, et les petites soeurs de Jésus, fondées par petite soeur Magdeleine de Jésus.

Charles de Foucauld, Père de Foucauld, frère Charles ?

Cette question mineure concerne les différents noms désignant Charles de Foucauld : Charles de Foucauld est son nom complet. Il est utilisé pour désigner sa première période, avant son entrée dans les ordres. Père de Foucauld désigne sa fonction depuis son ordination. C'était l'appellation la plus courante. Frère Charles a la préférence de sa famille spirituelle : pour les petites soeurs de Jésus, ce nom exprime mieux son idéal de fraternité et sa volonté de rester humble. On trouve aussi le nom de « petit frère universel ».

Béatification

Charles de Foucauld a été béatifié par le pape Benoît XVI le 13 novembre 2005. Il est en effet crédité d'un miracle, la guérison d'une Italienne atteinte d'un cancer, en faveur de qui il aurait intercédé auprès de Dieu. Lors de la cérémonie de béatification, où furent présents le Pascal Clément et Madame Marie-Laure Le Guay, le pape a déclaré que la vie de Charles de Foucauld était « une invitation à aspirer à la fraternité universelle ».

Source : Wikipedia

Charles de Foucauld, frère universel

"Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs..., à me regarder comme leur frère, le frère universel. Ils commencent à appeler la maison "la Fraternité", et cela m'est doux."
(Lettre à Marie de Bondy, 7.01.1902)

"Frère", cela s'oppose à une attitude de hauteur ou de paternalisme.

"Universel"... s'oppose à une attitude de repli sur une identité religieuse ou nationaliste... Malgré l'emprise du contexte historique, l'intuition de Frère Charles allait dans ce sens.

En ce début de XXème siècle, la France, convaincue de la supériorité de la civilisation européenne, poursuit ses conquêtes coloniales. A tout le monde, cela paraît normal... et même une chance pour l'évangélisation des peuples ! Charles partage les convictions de ses contemporains sur bien des points! Et en même temps, irrésistiblement, il est poussé vers une autre attitude.

Il s'indigne qu'en Algérie bon nombre d'européens ignorent la population locale et cherchent souvent à en tirer profit. A Tamanrasset il arrive sans arme, il se place sous la protection du chef Touareg qui l'accueille.
Il cherche à améliorer le quotidien des gens par de petits moyens : semences, fabrication de briques, tricot, crochet, médicaments.
Il étudie leur langue avec passion, et se met à l'écoute de leur culture.

C'est un homme pétri par la mentalité d'un milieu social et d'une époque que l'amour de Jésus pour tous les hommes est venu habiter. Et c'est cet homme-là qui a appris, à travers son histoire, à se faire tout petit devant la grandeur d'âme des autres.

Charles de Foucauld n'oublie pas que par deux fois, au Maroc, bien avant sa conversion, il a lui-même été sauvé par l'un de ses hôtes, un musulman, et un juif...
Une lettre écrite en 1903 ( mais restée à l'état de brouillon) montre jusqu'où va son respect pour l'autre.

Il s'adresse à une femme touarègue qui , autrefois, lors d'une bataille entre Touaregs et l'armée française, s'est opposée à ce qu'on achève les blessés du camp adverse, et les a soignés :
" Tous les religieux et religieuses qui entendront parler de vous béniront et loueront Dieu de vos vertus "...
" Nous vous écrivons aussi pour vous demander très instamment de prier pour nous, certains que Dieu qui a mis dans votre cœur la volonté de l'aimer et de le servir, écoute les prières que vous lui adressez... "
( Noté par René Bazin )

Ainsi, Charles reconnaît la manière dont cette femme agit et prie, selon sa propre religion, comme un authentique chemin vers Dieu... Etre " frère universel ", cela va jusque-là... C'est se rendre proche les uns des autres, dans le concret des situations ou des divisions... Charles est à l'écoute de Celui qui a cherché sans cesse à restaurer entre nous les liens de fraternité: Jésus. Il aspire à lui ressembler...

Il sait que plus la ressemblance sera grande, plus il pourra poser des gestes pleins de délicatesse... des gestes où Dieu se donne lui-même... et peut se révéler... quand il veut, comme il veut...

" Ayons cette tendre délicatesse qui entre dans les détails et sait par des riens mettre tant de baume dans les coeurs... "
(Lettre à Marie de Bondy, 16.04.1915)

"...avec certains, sans leur dire jamais un mot de Dieu ni de la religion, patientant comme Dieu patiente, étant bon comme Dieu est bon, aimant, étant un tendre frère et priant ; avec d'autres, en parlant de Dieu dans la mesure qu'ils peuvent porter... "
( Lettre à J.Hours, 3 mai 1912 )

Etre " frère universel "...
c'est défricher, préparer la terre, ...
s'émerveiller du fruit qu'elle porte déjà...
c'est poser le signe
de la tendresse de Dieu pour tous,
et savoir la découvrir à l'œuvre...

Source : Charles de Foucauld, frère universel sur le site Petites soeurs de Jesus, de Charles de Foucauld

Vous pouvez consulter aussi sur leur site le dossier sur Charles de Foucauld ainsi que les pages Amitié et Confiance.

Publié dans Agir

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